Pour ne pas déplaire à Bouréma, le maire de Dixinn désobéit à Cellou : Samba dans une posture gênante

7/10/2019

Au moment où le chef de file de l’opposition dénonce la violation de la loi par le régime, le maire de Dixinn, Mamadou Samba Diallo issu de l’Ufdg s’évertue à obéir à un acte administratif illégal interdisant toute manifestation publique dans sa circonscription.


Le 28 septembre 2019, le mouvement Les Sékoutoureistes ont voulu bien commémorer le 61e anniversaire du «Non» historique de la Guinée à la France en 1958. C’était sans compter avec le zèle du premier responsable de la mairie de Dixinn.

Mamadou Samba Diallo a préféré tout simplement obéir aux injonctions du ministère de l’Administration du territoire quitte à violer la loi. «Tant que l’autorité de tutelle n’autorise pas, je ne ferai pas d’obstruction à sa décision», a-t-il clamé.
Alors que les articles 69 et 70 du Code révisé des collectivités locales de décembre 2017 sont clairs. Le contrôle de l’Etat sur les collectivités locales n’implique pas «la subordination hiérarchique des organes décentralisés et ne doit pas entraver la libre administration des collectivités». Droit est même donné aux autorités locales de contester par voie de recours administratif ou juridictionnel lorsque le contrôle a été exercé dans des conditions illégales.
S’il était animé du souci de respecter et de faire respecter la loi, le maire Samba aurait dû invoquer l’article 10 de la Constitution consacrant «le droit de manifestation et de cortège» et prouver à travers son article 2, la nullité de l’acte administratif interdisant les manifestations dans sa circonscription. Sachant que «nul n’est tenu d’exécuter un ordre manifestement illégal», selon l’article 6 de la même loi.

Un acte de désobéissance

Au sein même de l’Ufdg, les réactions n’ont pas tardé pour condamner la décision du maire de Dixinn. «Qu’il nous dise que tant qu’il ne reçoit pas l’instruction du ministre de l’Administration du territoire, lui demandant d’autoriser une marche, il ne l’autorisera pas, je ne suis pas d’accord ! Je ne suis pas en phase avec lui dans ce cadre-là. Pour moi, un élu obéit à l’autorité de la loi. (…) On ne peut pas comprendre que ce que la Constitution a prévu et autorisé, qu’un ministre de la République se permette de l’interdire et, que tous les maires se mettent droits dans leurs bottes pour dire tant que notre ministre ne lève pas l’interdiction, on ne peut pas examiner, dans la portion de sa collectivité, l’opportunité, la faisabilité pour qu’une organisation puisse manifester. C’est extrêmement grave pour notre démocratie, c’est extrêmement grave pour l’état de droit», s’est indigné le député Cellou Baldé.
Et Aliou Condé, Vice-président de l’Ufdg, de renchérir: «Le maire ne doit pas oublier qu’il est élu sur une liste de l’opposition». «Quand il reçoit des ordres manifestement illégaux, il y a la loi qui ne l’oblige pas à respecter. Il ne peut pas sortir au grand jour et dire à tout le monde qu’il a un ordre du ministre et qu’il doit obligatoirement respecter cela. S’il continue comme ça, il risque de perdre l’appui de tous ses électeurs et de la direction nationale de l’Ufdg», a prévenu Condé, avant d’annoncer une rencontre entre la direction du parti et le maire Samba Diallo.
L’acte intervient deux mois après que le président de l’Ufdg Dalein Diallo ait donné des directives claires aux élus de son parti, en les invitant à n’obéir qu’à l’autorité de la loi. «Vous devez être au service de l’Ufdg, de votre parti, avait-il dit en août dernier à Labé. Vous êtes élus pour tous les citoyens de la collectivité. Vous devez aider tous les citoyens de la collectivité. Il ne faut pas faire de la discrimination. Le maire est pour tous les citoyens. Il ne faut pas que les préfets et les sous-préfets, pour se maintenir à leurs postes, vous utilisent pour faire la propagande du Rpg Arc-en-ciel».

Alors qu’elle menace de reprendre la rue pour contrer les dérives du régime Condé, l’opposition, qui contrôle les communes de Ratoma, Dixinn et Matam, risque-t-elle de se voir interdire de manifester par ses propres élus ? Tout laisse à le croire. La preuve, le maire Diallo n’est pas le seul dans ce cas. En juin 2019, Mamadou Aliou Laly Diallo avait interdit une manifestation du Front national pour la défense de la Constitution (Fndc) à Labé. A Matam, la première décision du maire Ufr, Seydouba Sako, avait été d’interdire la marche de colère des Forces sociales de Guinée (Fsg) en janvier dernier.

Par Le Populaire

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