Guinée/Migration irrégulière : La réinsertion socioprofessionnelle réussie d’un ex-migrant (Reportage)

19/12/2020

Rencontré lundi le 14 décembre 2020, dans son atelier de vitrerie situé au quartier Lansanayah, dans la commune urbaine de Coyah, moins équipé, Amadou Tidiane Doumbouya, toujours en lunette noire, se hâte de finir la confection des fenêtres en vitre et en aluminium, pour des clients sur des chantiers de construction.

Marié et père de 3 enfants, les 39 ans bien sonnés, Doumbouya ressemble bien à ces ouvriers qui travaillent sept jours sur sept pour gagner leur vie. Cependant, son cas sort de l’ordinaire, puisqu’il fait partie de ces milliers de jeunes guinéens, alphabétisés ou non, qui ont tenté le chemin hasardeux de la migration clandestine vers l’Europe, avant de regagner le bercail.

Rencontré lundi le 14 décembre 2020, dans son atelier de vitrerie situé au quartier Lansanayah, dans la commune urbaine de Coyah, moins équipé, Amadou Tidiane Doumbouya, toujours en lunette noire, se hâte de finir la confection des fenêtres en vitre et en aluminium, pour des clients sur des chantiers de construction.

Marié et père de 3 enfants, les 39 ans bien sonnés, Doumbouya ressemble bien à ces ouvriers qui travaillent sept jours sur sept pour gagner leur vie. Cependant, son cas sort de l’ordinaire, puisqu’il fait partie de ces milliers de jeunes guinéens, alphabétisés ou non, qui ont tenté le chemin hasardeux de la migration clandestine vers l’Europe, avant de regagner le bercail.

L’échec d’un périple vers l’Europe
Comme plusieurs jeunes guinéens ou africains, tentés par la migration clandestine pour rejoindre l’Europe à tout prix, parfois au prix de leur vie, Amadou Tidiane, diplômé en sociologie mais sans emploi, s’est lancé sur le chemin périlleux de la migration irrégulière par la route, pour rejoindre ce qu’il croit être l’Eldorado, l’Europe, ce continent qui focalise le rêve des jeunes migrants, en proie au chômage et à l’extrême pauvreté.

En 2009, après moult réflexions et devant la pauvreté de sa famille, (il est l’aîné d’une fratrie de 13 enfants), Amadou Tidiane Doumbouya décide de quitter les siens, son pays, pour un voyage terrestre sur l’Europe via la Mauritanie, le Maroc, entre autres.

« Ce qui a motivé mon départ pour la migration clandestine, c’est la pauvreté de ma famille, à cause du manque d’emploi. Malgré mes différents stages de perfectionnement notamment à l’Office central antidrogue comme Inspecteur adjoint chargé des auditions, je n’avais pas réussi à décrocher un emploi. Vu que mon père était maintenant à la retraite, ma maman est une ménagère et surtout que je suis l'aîné de la famille, j’ai finalement décidé de quitter la Guinée ».

Au Sénégal par où il a transité, M. Doumbouya a été obligé de travailler dur pour subvenir à ses besoins (alimentation et hébergement), pendant plus de 6 mois. Il a raconté ses difficultés au Sénégal : « J’ai rencontré assez de difficultés en route. Mon pays de transit fut d’abord le Sénégal où j’ai effectué des travaux de manœuvre à M’bourg à Saly Niakh Niakhal où il y avait assez de touristes. J’effectuais aussi d’autres petits travaux comme la peinture, juste pour avoir 2 000 F CFA, pour juste manger».

Six mois ont passé, la situation d’Amadou Tidiane Doumbaya ne s’est pas améliorée. Et l’ambition d’arriver à destination (Europe) et se trouver un emploi de son rêve ne le quitte pas pour autant. Ainsi, il quitte le Sénégal, direction la Mauritanie, le Maroc, avec l’espoir, plus tard, de traverser la Méditerranée et rejoindre l’Europe. En compagnie de certains candidats à la migration clandestine, Amadou Tidiane Doumbouya se lance donc dans la traversée du désert du Sahara accidental, qui sépare la Mauritanie du Maroc. Du son parcours, raconte-t-il, des centaines de jeunes ont péri, assoiffés, affamés ou tout simplement victime des intempéries de la nature impitoyable en ces endroits (froid, vent violent accompagné de sable, soleil de plomb, etc.). Toute chose qui ne décourage pas pour autant les candidats à la migration clandestine comme lui. « J’ai traversé le Sahara occidental avec un blanc qui a promis de m’aider tout le long de la traversée. Nous avons fait dix jours de route avant d’arriver au Maroc. Mais mon compagnon de route m’a finalement abandonné à la frontière entre le Maroc et la Mauritanie. Arrivé au Maroc où j’ai passé deux ans, la vie était très difficile, car moi je n’avais aucun contact sur place ».

Maroc, l’enfer des migrants désespérés
Sans contact ni repère encore moins de soutien, Amadou Tidiane Doumbouya, débarqua au Maroc. Son calvaire s’accentue. Arrivé dans ce pays « peu accueillant de migrants en route pour l’Europe » témoigne-t-il, de nouveau, il fait face aux difficultés de survie, le risque de perdre la vie dans l’anonymat total y est fréquent, affirme-t-il.

« Finalement j’ai essayé de rejoindre Takadoum, un quartier de Rabat où vivent plusieurs candidats à la migration clandestine vers l’Europe. Dans les foyers des migrants, j’ai été accepté par un groupe de migrants que je payais 150 dirhams par mois, pour mon logement. Chaque matin, tous les migrants du foyer partent à la recherche d’un petit boulot dans les chantiers de construction, dans les quartiers arabes. Les migrants étaient de différentes nationalités : sénégalaise, nigériane, ghanéenne, guinéenne, camerounaise, etc. Après quelque temps, j’ai été récupéré par un arabe pour travailler dans son jardin de mandarine. Il me payait 1 500 dirhams par mois. Mais le paiement se faisait chaque semaine à 300 dirhams, soit 300 mille francs guinéens (1 dirhams est égal à 1 000 GNF Ndlr) ».

De la déception à l’apprentissage d’un métier
Désespéré et déboussolé (il ne voulait plus continuer le chemin de la traversée de la mer méditerranée), le jeune migrant ambitionne finalement d’apprendre un métier plus ou moins stable, pour sortir de la « galère » des migrants dans différents foyers au Maroc.

Ainsi, le hasard le conduit vers le métier de vitrier à cause des circonstances et des occasions qui s’offraient à lui. « C’est dans le jardin où je travaillais, que j’ai commencé à apprendre un métier plus pratique, celui de vitrier (fabrications des portes et fenêtres et autres équipements de maison en verre, en aluminium et en vitre). Dans un hangar situé juste à côté du jardin où je travaillais, j’ai commencé à pratiquer le métier avec un rythme intense, car on pouvait travailler jusque tard la nuit. Durant les huit mois de pratique du métier, j’ai acquis des connaissances qui m’ont permis aussi de subvenir à mes petits besoins. Mais vu que je suis étranger et que je n’avais pas la possibilité de continuer le chemin vers l’Europe, j’ai décidé de retourner en Guinée, car je ressentais de la fatigue avec un travail dur sans repos. C’était un travail d’exploitation de l’homme par l’homme avec un sous traitement salarial (…)»

Le retour au bercail
Avec l’appui de l’OIM (Organisation internationale pour les migrations) dans le cadre de son Programme d’assistance pour le retour volontaire des migrants au pays, Amadou Tidiane Doumbouya a regagné la Guinée, avec la conviction de faire le métier qu’il a appris au Maroc. Il a confié : « Après toutes ces difficultés, puisque je savais que l’OIM aidait les migrants à regagner leur pays, j’ai décidé de rentrer en Guinée, car, impuissant, je voyais des gens mourir de froid et de mauvaises conditions de vie au Maroc. Ainsi, j’ai bénéficié d’un appui de 500 euros de l’OIM, pour me permettre de rentrer. Arrivé en Guinée,
vu la pauvreté dans ma famille, j’ai donné une partie de l’argent pour supporter certaines dépenses familiales. Ensuite, j’ai repris le métier que j’ai appris au Maroc. Mais au début, cela n’a pas été facile, car entre la pratique du métier au Maroc et en Guinée, il y a une grande différence tant au niveau du profil que dans l’acquisition du matériel de travail et de la méthode de travail. J’ai tout de même fini par m’adapter à la réalité du terrain, tout en m’approchant de certains ateliers de Conakry ».

Pour encourager « l’aventurier de retour » et surtout l’empêcher de « reprendre le chemin de la migration clandestine », son père a décidé de lui octroyer une partie du domaine de la concession familiale, pour qu’il y installe son atelier de vitrier. Ainsi décidé, ainsi fait. Actuellement, Amadou Tidiane Doumbouya dispose effectivement d’un atelier où il exerce son métier, il a même des apprentis.

Son revenu issu de son métier ? Le vitrier affirme que son métier lui permet d’assurer les besoins de sa petite famille et ceux « élémentaires » de ses parents. Il arrive cependant que son revenu ne lui permette pas de faire face à ses besoins, à cause de la rareté de la clientèle. Malgré tout, il ne désarme pas. « Depuis que j’ai commencé le métier de vitrier en Guinée, je gagne de petits contrats, à travers mes connaissances. Mais ce n’est pas facile, car lorsque vous obtenez un contrat de fabrication de 8 fenêtres, vous pouvez rester durant un mois sans en avoir aucun autre. Or, contrairement à certains jeunes qui préfèrent rester sans rien faire, moi qui ai été aventurier, je sais qu’il faut se battre partout où l’on se trouve».

Face à ces difficultés récurrentes dans l’exercice de son métier, l’ancien migrant ne manque d’occasion. Il sollicite, auprès de l’Etat guinéen, des institutions, des ONG nationales et internationales ainsi que des bonnes volontés, un accompagnement en vue d’agrandir son atelier, obtenir du matériel plus sophistiqué, pour faire face à la demande des potentiels clients des nombreux chantiers de constructions à Conakry et à l’intérieur du pays. « Mon ambition est d’agrandir mon atelier, afin de former d’autres à ce métier porteur d’avenir pour les jeunes qui sont les potentiels candidats à la migration clandestine vers l’Europe ».

Il se dit convaincu que la pratique d’un métier qui génère un revenu dissuade les jeunes de se lancer sur le chemin de la migration clandestine, qui souvent, cause leur perte en nombre

Appel à la jeunesse
« Je demande à la jeunesse guinéenne de ne pas tenter la route de la migration irrégulière, car cette route est dangereuse et désastreuse ». Pour lui, même si cela n’est toujours pas facile, « on peut réussir en Guinée. Les exemples de jeunes qui ont réussi ici ne manquent pas. Donc, les jeunes ne doivent pas penser que le bonheur se trouve chez les autres, et qu’il faut aller en aventure pour réussir. Si on veut aller en aventure, il faut emprunter la voie légale », a-t-il conseillé aux jeunes, victimes d’illusion.

Un rapport sur « les candidats et les réseaux migratoires cas de la Guinée », publié en 2019 par le Laboratoire des Etudes et Recherches sur le Genre, l’Environnement, les Religions et les Migrations de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis (GERM) au Sénégal, en 2019, la Guinée et l'Espagne ont signé à Conakry un accord en matière de lutte contre l'immigration clandestine.

Le gouvernement espagnol avait ainsi accordé à la Guinée une aide financière de 20 millions d’euros, pour l’accompagner dans la lutte contre la pauvreté et pour son développement.

Le même rapport ajoute que dans le cadre des Fonds fiduciaires d’urgence, en 2015, la Guinée, à travers son ministère des Affaires étrangères, a bénéficié de 54 milliards de GNF pour les migrations de l’Union européenne.

L’accord en question devrait permettre de soutenir la Guinée à améliorer la réintégration de 2 000 Guinéens retournés, afin de leur donner les outils et les moyens de continuer une vie décente en Guinée ; de renforcer les structures et capacités nationales en termes de gestion de la réintégration de manière digne et durable ; de permettre aux migrants et aux potentiels migrants de prendre des décisions conscientes quant à leur parcours migratoire et sensibiliser les communautés les plus touchées par la migration irrégulière.

Malgré les multiples accords signés entre le gouvernement guinéen et les partenaires étrangers et les dons reçus en faveur des anciens migrants, la problématique relative à la réintégration dans la société des ex migrants reste encore un véritable goulot d’étranglement pour le pays.

Lansana Camara
Pour www.conakrylive.info

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