Témoignage : L’ancien directeur du CCFG Daniel Couriol honore la mémoire du regretté Maitre Barry

Le 26 juillet 2022 décédait Maître Barry, immense saxophoniste mais pas seulement : multi-instrumentiste, chef d’orchestre. Il est considéré comme le fils spirituel de Momo Wandel Soumah.
L’objet de cette chronique n’est pas de décrire son parcours exemplaire entièrement dédié à la musique africaine, et plus particulièrement guinéenne. Jean-Baptiste Williams ou Justin Morel Junior seraient bien mieux placés que moi pour trouver les mots justes, la résonance historique de son travail et de son influence.
Mais pour moi, se souvenir de Maître Barry, cet immense musicien, c’est d’abord penser aux moments exceptionnels d’amitié que nous avons vécus ensemble, sur scène et à la ville...
C’est lui adresser un message de reconnaissance, puisqu’il m’avait persuadé de remonter sur scène au piano avec l’African Groove, son orchestre aux multiples talents... et de l’accompagner pour la création d’un festival de jazz, Musiques sans Frontières, alors que j’étais directeur du Centre Culturel Franco-Guinéen de Conakry.
C’est enfin émettre le vœu que l’apprentissage des instruments à vent soit priorisé en Guinée afin que cette dimension musicale demeure et se développe.
Et c’est précisément là où je veux en venir.
Il n’avait eu de cesse de s’inquiéter de la transmission et de l’apprentissage de certains instruments clés pour le jazz comme le saxophone, le trombone ou la trompette, pour ne parler que des instruments à vent... Il regrettait qu’il n’y ait pas de véritable lieu en Guinée pour un tel apprentissage, et déplorait le risque artistique que cela représentait pour le pays.

Son constat était vrai et demeure plus que jamais d’actualité.
Ces instruments coûtent cher. Pour transmettre, encore faut-il qu’il y ait des artistes, des lieux, des structures et des budgets consacrés à cette ambition.
Alors, au décès de Maître Barry, les louanges méritées ont accompagné notre deuil.
Mais dans un pays où les convois funéraires vont plus vite que les ambulances, peut-être faudrait-il s’interroger : pourquoi l’analyse des mérites des grandes figures artistiques est-elle aussi brillante au moment de leur décès, et l’aide pour les encourager aussi défaillante de leur vivant ? Y répondre et entreprendre ce qui doit l’être serait la meilleure manière de faire en sorte que l’hommage justifié qui leur est rendu devienne enfin une promesse d’avenir !
Par Daniel Couriol
